Editorial de Valérie Delbore

" La littérature est le mode d'expression le plus mobile, le plus fluide, le plus déconcertant de tous. Elle court et se suspend au long du temps de forme en forme, comme une guirlande de feuilles de chapiteau en chapiteau. Elle unit les autres arts les uns aux autres, formée par la destination et l'apparence de celui qu'elle abandonne pour en transmettre les enseignements à celui qu'elle atteint. Par-là, elle traduit plus librement, sinon plus clairement que les formes, les impératifs sociaux. "  Elie Faure

Là où habituellement il y a le spectacle, je souhaite la représentation des sens. Et si mon objectif est de donner à entendre et à voir la multiplicité des sens, il est aussi de sensibiliser le public à l'écrit, la trace, l'empreinte, la mémoire, " l'essence " de la création littéraire et la perception aiguë des " sens " qui y sont liés.

Nous travaillons debout, avec pupitre comme support du corps et de l'écrit, le carcan du corps dans sa verticalité, le carcan de l'écrit dans son horizontalité, à épuiser les conventions de notre imaginaire, pour ne plus aplanir la vision et l'entendement, oser respirer le silence, dans l'acte même du partage et de l'envol de l'esprit.

Parce que les représentations conceptuelles de l'homme ne délivrent plus la subtilité et la rare complexité de son existence, la lecture à voix haute, exercice difficile parce qu'intransigeant, devient un mode d'expression qui permet de réinvestir l'émoi provoqué par les interrogations permanentes et intemporelles de l'homme sur lui-même.

La lecture à voix haute permet, de par son archaïsme et simplicité, la représentation " du chant de l'âme ".

Valérie Delbore